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Chronique Scientifique et Journal d'Études Médiévales

Essais de recherche archéologique expérimentale, analyses historiographiques et récits de reconstitution.

La réduction directe du fer dans la vallée du Loir : enjeux d'un savoir-faire oublié

La réduction directe du minerai de fer en bas-fourneau constitue l'une des révolutions technologiques majeures du Moyen Âge central. Contrairement au haut-fourneau moderne qui produit de la fonte liquide devant être affinée ultérieurement, le bas-fourneau médiéval produit une loupe de fer solide, spongieuse et hétérogène (composée de fer doux, d'acier carboné et de scories silicatées) qui doit être cinglée au marteau pour en éliminer les impuretés pierreuses.

Dans le bassin d'Eure-et-Loir, la présence de gisements de fer de surface (notamment des sables ferrugineux et du grès de type "roussard") a favorisé dès le XIe siècle l'implantation d'ateliers sidérurgiques ruraux. Les recherches d'archéologie expérimentale menées par LA MEUTE CORBEL s'attachent à reconstituer la cinétique de ces réactions thermochimiques. L'analyse des résidus de réduction (les scories) nous permet de comprendre l'atmosphère réductrice nécessaire (monoxyde de carbone généré par la combustion lente du charbon de bois) et le degré d'inclinaison des tuyères en argile pour optimiser le rendement. Nos démonstrations de forge mobile s'appuient directement sur ces données scientifiques pour présenter un discours débarrassé de tout mythe romantique.

[1] Mangin, M. et al., La sidérurgie ancienne en Lorraine et régions limitrophes : du bas-fourneau à l'affinerie, Paris, CNRS Éditions, 2004.
[2] Corbel, A., Notes internes d'archéométrie de la vallée du Loir, Archives de la Meute Corbel, 2025.
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La cotte de mailles rivetée : étude mécanique comparée du rivet rond et du grain d'orge

La protection corporelle du combattant médiéval a fait l'objet d'améliorations constantes. Parmi elles, l'introduction de la cotte de mailles rivetée a marqué une avancée considérable face aux armes tranchantes et perforantes. Un haubert complet (composé de plus de 30 000 anneaux individuels entrelacés) nécessite un travail d'orfèvre mécanique d'une patience inouïe.

Notre cellule expérimentale a réalisé une étude de résistance physique comparant deux techniques historiques de rivetage : le rivet cylindrique rond (majoritaire dans l'Europe du Nord et de l'Est) et le rivet triangulaire dit "à grains d'orge" (prédominant en Europe occidentale aux XIVe et XVe siècles). Nos conclusions, étayées par des tests de pénétration à la pointe de flèche et à la dague, démontrent que le rivet à grains d'orge offre une répartition supérieure des forces de cisaillement lors d'un impact direct. L'aplatissement asymétrique de l'anneau au point de jonction crée une zone de chevauchement renforcée qui empêche l'ouverture accidentelle de la maille. Cet essai de reconstruction, présenté régulièrement dans nos ateliers scolaires, permet de lier la physique des matériaux à l'étude fine de la vie matérielle de nos ancêtres.

[1] Williams, A., The Knight and the Blast Furnace: A History of the Metallurgy of Armour in the Middle Ages, Brill, 2003.
[2] Das, S., Analyse de déformation des hauberts de fer battu, Bulletin de Reconstitution Scientifique, n° 12, 2024.
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Les manuscrits de combat germaniques du XVe siècle : de Talhoffer à l'interprétation moderne

L'étude moderne des Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE) repose sur l'herméneutique rigoureuse des traités d'armes anciens appelés communément Fechtbücher. Les manuscrits richement illustrés rédigés par le maître d'armes allemand Hans Talhoffer (notamment ses versions de 1443, 1459 et 1467) décrivent avec une précision chirurgicale l'usage de l'épée longue à deux mains, de la dague, de la lutte au corps à corps et du combat judiciaire en armure complète.

L'un des défis majeurs pour nos instructeurs consiste à transcrire ces illustrations figées en deux dimensions en mouvements corporels cinétiquement cohérents et sécurisés. Chaque posture (comme la garde du jour Vom Tag ou celle du boeuf Ochs) doit être analysée au regard de la biomécanique contemporaine, du poids de l'armement historique utilisé et de l'équilibre des forces de rotation de la lame. Notre association s'interdit toute interprétation spectaculaire non étayée par le texte. C'est cette démarche d'honnêteté intellectuelle et académique que nous présentons lors de nos démonstrations publiques dans le département d'Eure-et-Loir, restituant au combat médiéval sa véritable technicité sportive et athlétique.

[1] Talhoffer, H., Fechtbuch: Le combat médiéval de Hans Talhoffer (1467), trad. par D. Jaquet, Éditions Alphil, 2017.
[2] Tobler, C. H., Secrets of German Medieval Swordsmanship, Chivalry Bookshelf, 2001.
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Le Prieuré d'Yron : carrefour spirituel, culturel et artisanal du Dunois médiéval

Le Prieuré d'Yron, situé sur la commune de Cloyes-les-Trois-Rivières, constitue un chef-d'œuvre architectural d'art roman tardif et gothique primitif dans le Dunois. Fondé au XIIe siècle sous l'égide de l'abbaye bénédictine de Marmoutier, ce site remarquable conserve des fresques murales exceptionnelles illustrant le martyre de saint Gilles et l'importance de la dévotion locale.

Au-delà de sa fonction liturgique et spirituelle, le prieuré d'Yron constituait un centre névralgique pour l'économie rurale et artisanale de la vallée du Loir. Les moines y supervisaient l'exploitation des terres arables, des carrières de calcaire locales et coordonnaient les foires annuelles où s'échangeaient les productions des forgerons, des maillers et des charpentiers de la région. En choisissant le prieuré d'Yron comme landmark privilégié pour nos ateliers scientifiques et nos représentations de forge traditionnelle, LA MEUTE CORBEL renoue avec cette vocation séculaire d'échanges intellectuels et techniques, réaffirmant la centralité du monument dans la vie sociale et culturelle d'Eure-et-Loir.

[1] Billot, C., Chartres et le pays chartrain au Moyen Âge : structures sociales et géographie historique, Mouton, 1977.
[2] Société Archéologique d'Eure-et-Loir, Bulletins d'études sur le Prieuré d'Yron à Cloyes, Chartres, 2012.
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